Témoignages

 

Mélanie (Automne 2011)

Mon premier rebirth

Je respire. Profondément.

Ce n’est pas une respiration tranquille. Elle demande un effort et du rythme. Je me concentre sur elle. Ça me rappelle la respiration en natation. Je me vois nager. Je suis en pleine mer. J’avance vite et sans ralentir. Tout droit en crawl. C’est une nage qui me fatigue. Je ne suis pas endurante avec cette technique.

Alors pour continuer, je me projette dans une forêt dans laquelle je fais un footing. Bien que l’allure ressemble plus à un cross… mon rythme se ralentit. Je dois l’accélérer, ça devient compliqué. Je me bats physiquement. Je vois une côte dans la forêt et une lumière au bout. Je sens un bouillonnement dans mon corps, j’ai l’impression de trembler. Mes mains, mon visage tremblent. J’hésite mais je ne vais pas contre. Je continue. Ce bouillonnement envahit tout le corps et il est vif comme la braise.

J’ai l’impression que mon corps va se détacher, qu’il se décolle de moi. La respiration maintient la braise. Ce n’est plus désagréable. Ça ne me fait plus peur. Je voudrais même aller plus loin mais ma respiration ralentit. C’est le retour. Mon corps se calme. Le bouillonnement cesse. Je me sens bien, je flotte. Je me laisse porter.

Je me vois allongée sur le dos, flottant sur une mer calme, plate, tranquille. Je reste là un bon moment. y a-t-il une suite ? ce bercement est tellement agréable. Petit à petit, sans vraiment m’en apercevoir, la mer me porte vers une plage de galets. Elle est si calme, il n’y a presque aucune vague…

Pourtant, en un instant, je suis déposée.

Il y a un grand silence. Un arrêt angoissant. J’ai peur. Je me sens fragile et si petite.

Mon corps se transforme. Il devient aussi minuscule qu’une toute petite cellule… Il n’y a plus de bruit. Tout devient subitement si silencieux. Je suis devenue aussi fragile qu’un germe dans un œuf. Je me sens perdue. Tout est fini.

Mon cœur se crispe. Je pleure.

Je me sens profondément abandonnée.

Je n’ai plus de force. Je suis comme anéantie.

Pourquoi m’a-t-on laissée là ?

Je suis triste, si triste.

Mon souffle chasse l’air mais tarde à le reprendre. Mon inspiration est de moins en moins automatique. Je me remets à respirer lentement mais régulièrement. Ça me fait du bien. Ma peine revient et je la laisse aller un temps.

Je reprends ma respiration. Elle me donne l’énergie et l’espoir.

Je vois une femme sur la plage approcher. Elle est grande et forte. Pleine d’assurance. Je me reconnais, c’est moi à mon âge. Elle vient d’un pas décidé vers moi mais s’arrête à quelques mètres. Pourquoi ?

Elle me regarde, m’attend. Elle n’est pas pressée. Je l’observe. Je me sens inerte, sans vie. Elle me regarde et je sens qu’elle sait que je vais venir. Je le vois dans son attitude. Comment peut-elle imaginer qu’il me reste un soupçon de force ? je respire à nouveau, doucement, calmement.

Elle a raison. L’énergie arrive. Elle est là.

Elle approche ! je bondis vers elle et rebondis jusqu’au creux de ses bras. Elle me prend et me protège, me caresse tout en se retournant pour repartir. Je suis maintenant devenue un tout petit bébé. Elle sourit. Elle m’a sauvée. Je suis sauvée.

 

C’est une vraie réconciliation. A cela se mêlent le sentiment d’abandon et le désespoir lié à la solitude. C’est peut-être ce que l’on éprouve lorsqu’on naît ?

Le cheminement est incroyable : l’effort, le sport, la forêt, la mer, cette lumière qui m’indique la direction qui m’amènera à tant de calme… pour vivre en fin de compte l’expérience très forte de la solitude.

Je ne pensais pas me retrouver si désespérée face à moi-même.

La bonne nouvelle, c’est que nous nous sommes trouvées, l’adulte et l’enfant Mélanie. L’un redonnant à l’autre espoir et protection.

Je me suis sentie entière, heureuse de cette issue.

Je comprends que ma part d’enfant a toujours besoin d’être soignée et protégée. Je découvre que c’est dans la patience et le regard de l’autre (moi !) que naît mon énergie.

La surprise, c’est quand le calme revient. Je n’ai pas trouvé le repos et l’apaisement auxquels je m’attendais, mais la solitude et la fragilité d’un enfant nouveau-né. Il s’est passé de longues minutes avant de trouver une issue à cette situation.

Après la respiration, je me suis sentie entière et joyeuse, comme si j’avais découvert une nouvelle personne en moi. l’origine de ma peine n’est pas en dehors de moi comme je l’ai toujours cru, mais à l’intérieur. Elle n’est pas à « sortir » de moi, elle n’est pas une « mauvaise chose » étrangère ou nocive qu’il faudrait extraire. L’origine de ma peine est une partie de moi profonde et fragile que je dois consoler et rassurer, protéger et accompagner. Je l’ai vu, cet enfant, cette cellule ! ronde et douce, fragile comme une bulle. Je suis heureuse de l’avoir rencontrée et d’avoir fait quelque chose pour l’aider.

J’ai cette image d’un « nous », souriant et apaisé qui s’en retourne vers une vie nouvelle.

 

Sabah (Automne 2011)

Témoignage respiration consciente

Aujourd'hui Praticienne en respiration consciente, j'ai longtemps cherché des témoignages quant à cette technique utilisée en thérapie avant de la pratiquer, mais je suis toujours restée bredouille…. Je pouvais lire sur ses bienfaits mais ce qu'il pouvait se passer lors d'une séance restait un mystère ! A ce moment là, c'était important pour moi !

J'ai donc beaucoup de plaisir à partager une de mes expériences, néanmoins le vécu lors d'une séance reste propre à chacun, au rythme de chacun, en regard avec sa propre histoire.

"Je suis dans l'eau chaude à 37°, équipée de lunettes et tuba sous l'œil vigilant de mon accompagnateur expérimenté qui me demande de respirer avec un Inspir ample, de lâcher l'Expir, ces deux mouvements doivent être liés et continus. Je suis en parfaite confiance, je me sens bien ! Je m'abandonne juste à cette respiration circulaire et dynamique, j'en oublie rapidement mon corps et mes pensées. Je suis bien ! Pourtant, à l'intérieur de moi, il se passe quelque-chose, quelque-chose que je ne maîtrise pas, quelque-chose qui monte comme je dis ! Des images passent, je suis bien consciente, je continue de respirer. Ma respiration a changé, soudain c'est une grosse colère qui explose, tel un bouchon de champagne qui pète ! Une expulsion !

Je ne peux rien retenir malgré ma volonté d'arrêter cela pour ne pas me donner en spectacle, c'est impossible. Mon accompagnateur est bien présent, bienveillant, il m'aide à vivre ce qui est entrain de se passer. Il m'aide à accueillir cette rage, à laisser faire. Ses mots, ses gestes, sa patience, son empathie me permettent de revenir petit à petit à la respiration initiale, je respire à nouveau tranquillement. Je suis apaisée, le cycle se termine, je suis calme. Nous reparlons de cette colère enfouie qui est ressortie, elle est liée à mon histoire et j'ai pu me la rappeler."

Grâce à cette expérience, je sais aujourd'hui pourquoi je peux me mettre en colère, je peux repérer les situations qui peuvent m'y conduire : ce qui me permet de mieux les gérer.

La respiration consciente m'a permis de regarder ma vie, et surtout de la voir autrement, elle m'a permis de ne plus être dans la haine, elle m'a fait grandir, elle m'a appris à faire confiance. Aujourd'hui je fais mes propres choix, j'accepte avec beaucoup d'humilité que j'ai le droit de me tromper, je dis les choses, j'essaie le plus souvent possible de prendre du recul par rapport à une situation qui me perturbe.

Tout cela s'est fait en douceur…..Et avec beaucoup d'humour….

Le plus important pour moi je crois c'est de ne plus juger, me juger !

Tout simplement, j'ai le droit de respirer !!!! De vivre

 

Sophie (Automne 2011)

Respiration consciente

J’ai découvert la respiration consciente au début d’une démarche de thérapie, entreprise alors que j’étais en pleine dépression. Dès la première séance, j’ai été subjuguée par l’effet ressenti, non seulement au niveau physique, mais aussi « intérieur », comme si les limites de mon horizon reculaient et s’élevaient. Mon esprit rationnel et critique s’est immédiatement mis en action ainsi que mes peurs, devant ce phénomène complètement irrationnel pour moi : comment le simple fait de respirer différemment pouvait générer une telle détente physique et un tel apaisement psychique ? Mais il ne s’agit pas que de cela, la respiration consciente n’est pas qu’un simple moyen de bien être ce qui est pourtant déjà beaucoup ; (des migraines anciennes et des douleurs ont complètement disparu).

Je vois la respiration consciente comme un outil de soin énergétique : En effet, au moment où je commençais à pratiquer la respiration consciente, j’ai dû « absorber » énergétiquement une série de deuils très rapprochés, dont les derniers ont produit sur moi un choc sidérant. Le travail énergétique produit par la respiration m’a permis de sortir de cette sidération et sans traitement médicamenteux, de sortir de ce passage difficile, tout en poursuivant la démarche psychothérapeutique, elle-même parfois bien secouante.

Il me semble que la respiration consciente est un outil de thérapie bien particulier en ce sens qu’elle n’obéit pas aux règles du mental ou de la logique rationnelle, du savoir. C’est ce qui fait sa richesse. En réveillant ma mémoire corporelle e émotionnelle, la respiration a permis de faire remonter à ma conscience des nœuds psychiques douloureux que j’avais oubliés et a effectué une sorte de trituration douce, une intégration progressive au fil des séances, comme une dissolution dans le souffle, de la souffrance et des défenses induites par celle-ci. Petit à petit, la maîtrise de ma vie par mon mental diminue, dans un lâcher-prise où la réceptivité sensorielle et psychique reprennent leur place, me permettant de me remettre en action dans une ouverture plus sereine et dans une meilleure conscience de moi-même.

En respiration consciente, le travail du souffle porte sur un inspir dynamique et un expir relâché, détendu, qui se succèdent sans temps d’arrêt, dans un cycle circulaire, un peu comme si on dessinait un œuf dans l’espace. C’est un peu l’image que je peux reprendre : avoir un conscient à l’image de l’inspir : dynamique, large, tonique, libre, sans surmaîtrise ni d’effort surdimensionné, prenant toute l’amplitude nécessaire, large et souple ; et un inconscient à l’image de l’expir, non forcé, non contraint dans un effort volontaire mais au contraire détendu, prenant sa place dans la fluidité à la suite de l’inspir, dans une cohésion, comme le flux et le reflux de la vague sur une plage.

L’hypothèse est sans doute osée, mais tant pis je la tente : le travail thérapeutique autour de la respiration consciente permet peut être que conscient et inconscient ne soient plus vécus dans la dualité et en lutte, mais dans un échange permanent, un ajustement harmonieux, comme celui de l’inspir et l’expir de la respiration consciente. En tout cas je la vis comme un état qui tend vers cela.

Dans cette façon de respirer, on cherche à placer le plus possible la respiration au niveau abdominal, à aller chercher l’inspir profondément dans le ventre en tout premier, (même si bien sur ensuite, l’air emplit toute la place qui lui est faite au niveau pulmonaire et de la bouche). On ne cherche pas à mobiliser en premier la cage thoracique, de ce fait la respiration ne reste pas haute, bloquée au dessus du diaphragme. Cela ancre le corps et la respiration au niveau du centre énergétique vital, celui du bassin. Le ventre se gonfle à l’inspir comme un ballon, on peut le contrôler en mettant la main sur le ventre. Ce gonflement ne vient pas du travail des abdominaux, mais de la descente du diaphragme et de la détente des abdominaux.

A l’expir, le diaphragme remonte, accompagné dans son travail parles abdominaux qui se resserrent très légèrement. Le ventre se dégonfle. Cela a pour conséquence de masser le tube digestif, qui gargouille souvent gentiment (il est stimulé dans ses fonctions de digestion et d’élimination –parfois après un cycle de respiration on a faim) et aussi de permettre à l’énergie du centre vital de se remettre à circuler dans tout le corps en particulier le haut du corps. Le nœud ou la boule dans le ventre qui accompagnent souvent l’angoisse disparaissent. Et j’ai pu constater que la pratique de la respiration consciente régularisait mes cycles féminins.

Les deux temps de la respiration se font de la même façon, soit par la bouche(le plus souvent) soit par le nez. Quelque soit la façon dont on respire, il est préférable que les muscles de la face et de la bouche soient détendus. L’inspir est sonore, qu’il soit pratiqué par la bouche ou par le nez, mais pas l’expir.